Le développement logiciel peut être éligible au CIR, mais uniquement pour la part assimilable à de la R&D : le travail qui lève une incertitude scientifique ou technique par rapport à l’état de l’art. Autrement dit, un verrou algorithmique que l’ingénierie standard ne sait pas franchir. Tout le reste du développement — même exigeant, même long — reste hors CIR.
Il faut évacuer d’emblée une idée fausse : la loi de finances 2025 n’a pas exclu le logiciel du CIR. Le développement de routine n’a jamais été éligible ; seule la vraie R&D logicielle l’a toujours été, et elle le reste.
L’essentiel
- Éligible
- La seule part de R&D levée d’un verrou technique vs état de l’art
- Non éligible
- Le développement de routine intégration, correction, portage, UX
- Base légale
- BOI-BIC-RICI-10-10-10-20 & -25 doctrine BOFiP + Guide CIR MESR 2025
- Taux
- 30 % / 5 % au-delà de 100 M€ d’assiette
- Forfait
- 75 % amortissements + 40 % personnel dépenses depuis le 15/02/2025
- Scrutation
- Élevée au contrôle dossier état de l’art indispensable
Ce que le CIR reconnaît dans le logiciel
Le CIR ne récompense pas la difficulté d’un projet, mais son caractère de recherche. Pour le logiciel, la doctrine fiscale (BOFiP) retient un critère unique : les travaux doivent viser à lever une incertitude scientifique ou technique que les connaissances et outils disponibles ne permettent pas de résoudre. C’est la présence d’un verrou scientifique qui fait basculer une dépense dans l’assiette.
Le BOFiP donne des exemples de ce qui peut relever de la R&D logicielle :
- de nouvelles architectures ou de nouveaux outils conçus puis testés à grande échelle, quand leur comportement ne peut être anticipé par l’état de l’art ;
- l’application de méthodes formelles ou d’approches « model-driven » pour détecter très en amont des erreurs de conception, lorsque ces méthodes doivent elles-mêmes être développées ou étendues ;
- la conception d’algorithmes nouveaux résolvant une incertitude que les algorithmes connus ne traitent pas.
Le point commun : dans chacun de ces cas, l’équipe ne sait pas, au départ, si et comment le problème se résout. C’est cette incertitude documentée qui distingue la recherche du développement ordinaire.
Ce qui n’est pas éligible
À l’inverse, tout ce qui relève de l’ingénierie applicative — aussi sophistiquée soit-elle — reste hors CIR, faute de verrou scientifique. Voici la frontière que l’administration examine.
| Éligible (part R&D) | Non éligible (routine) |
|---|---|
| Algorithme nouveau levant une incertitude | Développement d’une application « standard » |
| Nouvelle architecture testée à grande échelle | Intégration de briques existantes |
| Méthodes formelles à concevoir/étendre | Paramétrage et configuration |
| Verrou technique sans solution connue | Montée de version, portage, migration |
| Démarche expérimentale documentée | Correction de bugs, maintenance |
| — | Ergonomie, UX, design d’interface |
En clair, ne sont pas éligibles : l’application standard, l’intégration, le paramétrage, la montée de version, la correction de bugs, le travail d’ergonomie et le portage d’un environnement à un autre. Ces tâches peuvent être coûteuses et créatrices de valeur — mais elles ne comportent pas d’incertitude scientifique, donc pas de R&D.
Le logiciel est une zone très contrôlée
Le développement logiciel est l’un des postes les plus scrutés lors d’un contrôle CIR. L’administration attend la preuve de l’incertitude et de l’état de l’art : une simple affirmation de « complexité technique » ne suffit pas. Sans recherche bibliographique (articles, actes de conférence, brevets, thèses) démontrant que la solution n’existait pas, la dépense est très exposée au redressement. Documentez au fil de l’eau, pas après.
Le dossier qui tient au contrôle
La différence entre un CIR logiciel défendable et un CIR fragile ne se joue pas sur le code, mais sur la preuve. Le dossier doit établir deux choses :
- L’état de l’art. Une recherche bibliographique sérieuse — articles scientifiques, actes de conférence, brevets, thèses — montrant l’état des connaissances au moment où le projet démarre, et l’absence de solution disponible.
- L’incertitude et sa levée. La formulation explicite du verrou, les hypothèses testées, la démarche expérimentale, les impasses rencontrées et les personnels de R&D affectés.
C’est exactement la frontière que l’administration cherche à tracer : R&D réelle d’un côté, développement ordinaire de l’autre. Un projet peut d’ailleurs être mixte — seule la fraction de R&D entre alors dans l’assiette.
Taux et assiette : identiques au CIR
Il n’existe pas de régime « CIR logiciel » distinct. Une fois la part de R&D isolée, elle suit les règles de droit commun du CIR : 30 % des dépenses éligibles jusqu’à 100 M€ d’assiette, 5 % au-delà. Les dépenses de personnel de R&D sont majorées d’un forfait de fonctionnement de 40 % (contre 43 % auparavant) et les amortissements de 75 %, pour les dépenses engagées depuis le 15 février 2025. Le détail du calcul est expliqué dans notre guide montant du CIR, et les critères généraux dans les conditions du CIR.
CIR ou CII pour un logiciel ?
Beaucoup d’éditeurs se trompent d’avantage. La ligne de partage est simple :
- CIR si le projet comporte une R&D avec verrou scientifique ou technique — vous levez une incertitude que l’état de l’art ne résout pas.
- CII (crédit d’impôt innovation) si vous développez un produit nouveau et innovant sur le marché, mais sans R&D au sens strict. Réservé aux PME, à 20 % depuis 2025. Voir notre guide dédié au crédit d’impôt innovation (CII).
Les deux dispositifs ne se cumulent pas sur les mêmes dépenses. Beaucoup de SaaS relèvent en réalité du CII, pas du CIR : ce n’est pas un déclassement, c’est le bon dispositif pour une innovation produit sans verrou de recherche. Si vous sous-traitez une partie de la R&D, pensez aussi à vérifier l’agrément CIR de votre prestataire.
Chez Cireka, nous commençons par qualifier honnêtement cette frontière — verrou réel ou développement de routine — avant d’orienter votre dossier vers le bon partenaire conseil, sur le bon dispositif.
Questions fréquentes
Le développement logiciel est-il éligible au CIR ?
Oui, mais seulement pour sa part de R&D. Est éligible le travail qui lève une incertitude scientifique ou technique par rapport à l’état de l’art : une incertitude algorithmique, un verrou que l’ingénierie standard ne sait pas résoudre. Le reste du développement — même complexe — ne l’est pas.
La loi de finances 2025 a-t-elle exclu le logiciel du CIR ?
Non. C’est une idée fausse répandue. Le développement de routine n’a jamais été éligible au CIR : ce n’est pas une nouveauté 2025. Seule la vraie R&D logicielle l’a toujours été, et elle le reste. La LF 2025 a modifié d’autres paramètres (forfait de fonctionnement, brevets, jeune docteur), pas le principe d’éligibilité du logiciel.
Corriger des bugs ou sortir une nouvelle version, est-ce du CIR ?
Non. La correction de bugs, la montée de version, le portage, le paramétrage, l’intégration et les améliorations d’ergonomie relèvent du développement de routine. Il n’y a pas de verrou scientifique à lever : l’administration considère ces travaux comme de l’ingénierie ordinaire, hors assiette CIR.
Comment prouver l’éligibilité de mon logiciel au contrôle ?
Par un dossier qui documente l’état de l’art et l’incertitude. Concrètement : une recherche bibliographique (articles scientifiques, actes de conférence, brevets, thèses) montrant que la solution n’existait pas, la formulation du verrou technique, la démarche expérimentale suivie et les personnels affectés. Le logiciel est une zone très contrôlée : sans cette traçabilité, la dépense est fragile.
Mon SaaS relève-t-il du CIR ou du CII ?
Cela dépend de la nature des travaux. S’il y a une vraie R&D avec un verrou scientifique, c’est le CIR. S’il s’agit d’un produit nouveau et innovant sur le marché mais sans R&D au sens strict, une PME peut relever du crédit d’impôt innovation (CII), à 20 % depuis 2025. Les deux ne se cumulent pas sur les mêmes dépenses.
Sources officielles
- BOFiP — Définition des activités de R&D (BOI-BIC-RICI-10-10-10-20)
- MESR — Guide du crédit d’impôt recherche 2025 (PDF)
Contenu rédigé par l’équipe Cireka à partir de ces textes officiels (BOFiP, Légifrance, service-public, MESR). Il vaut information générale et ne constitue pas un conseil fiscal ; la doctrine évolue à chaque loi de finances.